Les indiennes provençales

Développées en Inde sous l’influence et la protection des Rajas, les « Indiennes », tissu coloré riche en motifs et à la conception particulière, devinrent un fer de lance du commerce provençal entre le XVIIème et le XVIIIème siècles, et elles perdurent encore aujourd’hui. Maison du Sud vous fait partager leur histoire. 

Quand le Levant s’invite dans le Sud

Les « indiennes », avant de devenir provençales, furent importées à Marseille au cours du XVIIème siècle, à l’aube des années 1650. Profitant de l’essor du travail du coton, pour contrer celui de la soie et en cherchant à dynamiser l’industrie du textile, des artisans marseillais créent les premiers ateliers de fabrication d’indiennes de coton. De qualités inégales et surtout inférieures aux originales, ces « indiennes provençales » sont prisées par les habitants les plus modestes s’offrant des tissus à la réputation riche.

Au fil des années, tant la qualité que les prix augmentent, donnant naissance à une singulière réputation. Moins de vingt années après son introduction à Marseille, ce tissu devient l’indispensable de la cour de Louis XIV. La production et l’importation sont facilitées en 1664 avec la création de la Compagnie des Indes par Colbert, qui gère les transactions de marchandises entre l’Inde et les grandes villes européennes.

Néanmoins, malgré une croissance fulgurante, les Indiennes provençales vont enchaîner les coups du sort.

Une génération d’interdictions

Dès 1686, avec l’édit du 26 octobre, les toiles de coton, leur fabrication et même leur imitation sont interdites dans le royaume français. Au final, ce n’est qu’en 1759 que le Conseil d’Etat légalise à nouveau les indiennes de coton en France, libérant du joug de la loi moult ateliers s’étant installés dans la clandestinité et ayant migré en Alsace, à Nantes, à Avignon… Après plus de 70 ans d’illégalité, les indiennes provençales revivent.

Profitant de son essor dans l’Europe entière, particulièrement en Suisse, l’art de l’indiennage prolifère et semble se pérenniser. Faisant parti des précurseurs de l’ère industrielle, le domaine de l’indienne se verra mis à mal dans le courant du XIXème siècle : bien que la demande (estompée, certes) soit toujours d’actualité, la mécanisation de la production fragilise l’industrie et rend frileux de nombreux entrepreneurs n’osant s’aventurer dans cette création. Si, au XIXème, de nombreux travailleurs vivaient grâce au coton (notamment la Suisse), le rideau s’abaissa lentement mais sûrement sur l’Indienne provençale.

A l’heure actuelle, que ce soit en Provence ou en Inde, cet art s’est raréfié sans disparaître. Souvent remplacé par l’automatisation et la technologie, des manufactures traditionnelles perdurent et offrent des tissus authentiques inspirés des motifs d’époque.

Une richesse de styles

Au départ, la complexité du motif s’allie à une simplicité des couleurs, celles-ci étant souvent bicolores malgré l’apparition progressive des dégradés. Au fil du temps, la richesse des couleurs n’a cessée de croître, tandis que les motifs se faisaient de plus en plus détaillés et variés. Bien que restant définitivement plus esthétique que narrative, cette abondance de détails donne à ces tapisseries une aura inimitable.

A présent, les indiennes provençales se retrouvent dans grands nombres d’accessoires de l’intérieur : sets de tables, nappes, tapis… Mais son utilisation vestimentaire subsiste encore.

Le saviez-vous ?

Sanganer est un petit village au sud de Jaipur, dans l’Etat indien du Rajasthan. Bien que pauvre, ce lieu profite d’une importante notoriété grâce à son savoir-faire séculaire dans l’art de l’indienne de coton. En Octobre 2010, Sanganer et sa manufacture de tissus furent déclarés Source Géographique Mondiale et est présent dans le Registre d’Indications Géographiques indien.

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